dimanche 14 mai 2017

Margival, la forteresse hitlérienne méconnue

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Construit en 1942 par des ouvriers français, le camp de Margival, dans l'Aisne, fut, jusqu'en 1944, le QG d'Hitler en France. Une association se bat pour sauvegarder une partie de ce fort, qui avait été laissé à l'abandon.

Margival. Le nom de ce petit village de Picardie, à une dizaine de kilomètres au nord de Soissons, est oublié de tous, ou presque. C'est pourtant là qu'en 1944 se sont sans doute joués la réussite du débarquement allié et le sort de Paris. Deux ans plus tôt, l'offensive ratée des Anglo-Canadiens à Dieppe a convaincu Hitler et ses généraux de l'imminence d'une attaque sur les côtes françaises. Dans cette perspective, le Führer ordonne la construction de quartiers généraux, d'où il mènera en personne la contre-offensive. Les deux sites choisis sont Saint-Rimay, en Loir-et-Cher, et Margival, dans l'Aisne. Ce dernier bénéficie d'une position stratégique, à équidistance des ports de la Manche et de la mer du Nord. Située dans une vallée encaissée, la zone est desservie par une ligne ferroviaire (Paris-Laon), indispensable à l'acheminement des matériaux de construction. Sur place, un tunnel enterré à une trentaine de mètres permet, en outre, d'abriter un train entier.

Le « ravin du Loup »

En 1942 commence ainsi la construction du Wolfsschlucht II (ou W2), littéralement « ravin du Loup ". Quelque 22.000 hommes, ouvriers du Service du travail obligatoire (STO), prisonniers de guerre ou de droit commun, et même volontaires français y participent. En dix-huit mois à peine, 250.000 mètres cubes de béton sont coulés pour construire les 475 bunkers, postes de DCA et autres nids de mitrailleuses répartis sur une zone de 90 kilomètres carrés. « Depuis que l'armée française a cédé le site aux communes dans les années 1990, il est livré au pillage, indique Didier Ledé, le président de l'Association de sauvegarde du W2 (ASW2). Cette situation est insupportable. Ce lieu de mémoire a joué un rôle crucial à la fin de la guerre. "
En dépit d'un manque de moyens patent, la quinzaine de membres de l'ASW2 sont tout de même parvenus à préserver les principaux blockhaus du site. Parmi eux, le « Führer Bunker ". C'est là que, le 17 juin 1944, deux des maréchaux du Reich, von Rundstedt et Rommel, tentèrent de convaincre le Führer de battre en retraite, le temps d'établir une véritable ligne de défense en Normandie. Sans succès. Persuadé que le débarquement du Cotentin était un leurre, Hitler refusa toute concession à ses généraux, leur promettant l'arrivée prochaine d'« armes secrètes ". Heureusement, il n'en fut rien.

Un projet de musée

Deux mois plus tard, les troupes du général de Gaulle arrivaient aux portes de Paris. En représailles, Hitler exigea que la ville soit livrée aux flammes. Malgré les menaces, le commandant de la place, von Choltitz, capitula. Furieux, Hitler ordonna alors qu'un « déluge de feu soit déversé sur la ville » à partir des bases de missiles V1 et V2 du Nord. Le 26 août, au W2, le général Speidel intercepta l'ordre. Homme de lettres, il ne pouvait se résoudre à détruire la capitale historique. Paris était sauvée.
La guerre terminée, le camp de Margival fut reconverti en base de l'Otan, puis en centre d'entraînement de commandos de l'armée française. Depuis 2007, avec l'accord des communes concernées, les bénévoles de l'ASW2 s'acharnent à préserver le site et à le faire découvrir. Tout au long de l'année, et notamment à l'occasion des Journées du patrimoine, des visites guidées y sont organisées. L'association veut également faire aboutir un projet de musée, consacré au Service du travail obligatoire, ainsi qu'à la Shoah : « Nous souhaiterions réaliser un Audioguide expliquant la construction de ce camp, exceptionnel par son ampleur et dont la visite pourrait se faire par un petit train », poursuit Didier Ledé. Un objectif d'autant plus ambitieux que l'association ne bénéficie, pour l'heure, d'aucun soutien de la part des pouvoirs publics, visiblement peu sensibles à la préservation de ces vestiges historiques

Collectivités localeshttps://www.lesechos.fr/12/08/2010/lesechos.fr/020725082719_margival--la-forteresse-hitlerienne-meconnue.htm

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